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UdoliaÉditions

MéthodeChapitre 35 min de lecture

Anatomie d’un concept éditorial

Ce qui distingue un livre Udolia d’un guide de plus, racontable en une phrase, reconnaissable en un coup d’œil.

Au sommaire

Pourquoi un livre a besoin d’un concept

Quand quelqu’un dit qu’il publie « un livre sur le golf », « un guide de négociation » ou « un manuel d’apiculture », l’auditeur n’apprend en réalité rien sur le livre lui-même : il sait seulement qu’il existe, et qu’il en existe cent autres comme lui dans le même rayon. Le sujet ne distingue pas, parce que cent livres ont déjà le même sujet.

Quelque chose change quand la même phrase devient « le bestiaire des mauvais golfeurs », « la méthode en sept étapes pour sortir d’un blocage de négociation », ou « l’almanach saisonnier de l’apiculteur débutant ». L’auditeur voit immédiatement le livre, l’imagine, distingue ce qu’il fait des autres titres du marché. Le contenu n’a pas changé : ce qui a changé est la manière de poser le livre.

Ce déplacement, presque invisible dans la phrase, est ce qu’on appelle un concept éditorial. C’est l’un des leviers de fabrication les plus structurants dont un éditeur dispose, et il décide en grande partie si un livre vivra dix ans ou six mois.

Trois propriétés que le concept doit tenir

Pour qu’un livre tienne comme objet identifiable et durable, son concept éditorial doit cocher trois cases.

Racontable en une phrase. Le concept doit pouvoir être restitué oralement par quelqu’un qui n’a pas le livre sous les yeux. Quand la personne hésite, butte, paraphrase à plusieurs reprises avant de retomber sur ses pieds, c’est que le concept n’est pas encore là. Quand la personne dit « C’est un bestiaire des golfeurs, classés par travers » en cinq secondes, c’est posé.

Reconnaissable en un coup d’œil. Le concept doit avoir une forme visuelle, une silhouette, un dispositif qu’on identifie en feuilletant. Un bestiaire a des fiches. Un almanach a des saisons. Un atlas a des cartes. Un lecteur qui ouvre le livre voit immédiatement de quel objet il a affaire, sans avoir besoin de lire le quatrième de couverture.

Irremplaçable par un concurrent. Une fois posé, le concept occupe un emplacement précis dans la mémoire des lecteurs et dans le paysage du marché. Une autre maison qui voudrait publier un titre approchant devra trouver son propre angle, parce que la place est prise. Le concept éditorial fonctionne comme une borne plantée dans le territoire d’un sujet.

Quand un manuscrit ne tient aucune des trois propriétés, c’est un guide. Quand il les tient toutes les trois, c’est un livre Udolia possible.

Ce que le concept éditorial n’est pas

Trois confusions reviennent souvent quand des auteurs nous présentent leur projet.

La première est la confusion avec un titre malin. Un bon titre vient toujours après le concept. Quand un auteur trouve d’abord un titre puis cherche à remplir un livre dessous, il obtient un slogan qui mène nulle part, parce que la matière n’a pas de structure interne sur laquelle s’appuyer.

La deuxième est la confusion avec un angle marketing. Des qualifications comme « pour les jeunes », « pour les pressés » ou « en cinquante leçons » désignent une cible ou un format, et viennent s’ajouter autour du livre, mais elles ne décident pas de la manière dont le contenu est organisé à l’intérieur.

La troisième est la plus tenace, c’est l’idée que le concept serait un emballage posé sur du contenu existant. Un concept éditorial structure la matière de l’intérieur, et c’est ce qui fait sa force. Un bestiaire qui serait un essai déguisé en bestiaire ne tient pas, parce qu’il n’aurait pas de fiches, donc pas de structure interne, donc pas la manière particulière d’écrire qui rend chaque entrée reconnaissable.

Familles de concepts que nous suivons

Nous tenons un catalogue interne de concepts éditoriaux, regroupés en familles, chacune portant ses propres exigences de fabrication.

Famille collection. Bestiaire, pokedex, abécédaire, dictionnaire amoureux, typologie parodique. Le livre rassemble une série d’objets ou de cas, avec une fiche par entrée, et la lecture peut se faire dans le désordre.

Famille parcours. Méthode en N étapes, parcours progressif, atelier, carnet-méthode. Le livre installe une progression précise, jour par jour ou semaine par semaine, et la lecture devient linéaire par construction.

Famille temps. Almanach, journal du lecteur, temporalité courte. Le livre cale sa structure sur un calendrier ou sur un rythme propre au lecteur, qui l’ouvre à la date du jour ou à un moment défini.

Famille inversion. Manuel de survie, comment rater, parabole pédagogique. Le livre prend le sujet à l’envers, par l’erreur, par l’absurde, par le contre-exemple, en utilisant la friction comme outil pédagogique.

Famille cartographie. Atlas, guide de spotting, livre à double lecture. Le livre déploie un territoire et apprend à s’y orienter, en équipant le lecteur d’une carte mentale plutôt qu’en lui imposant un itinéraire.

Famille dispositifs. Livre à parcours multiples, livre enquête, dialogue socratique, comparatif d’écoles. Le livre construit une mécanique de lecture qui dépasse la simple progression chapitrée et qui demande au lecteur de choisir, de comparer, ou d’enquêter.

Chaque famille appelle un travail d’écriture différent. Un bestiaire ne se rédige pas comme un atlas, qui ne se rédige pas comme une méthode en sept étapes, et c’est cette différence d’écriture qui rend chaque livre reconnaissable depuis l’extérieur.

Pourquoi nous insistons

Un livre sans concept éditorial entre sur le marché comme un objet interchangeable. Sur les tables de libraires, sur Amazon, dans la mémoire des lecteurs, il occupe un emplacement temporaire que le prochain guide sur le même sujet viendra disputer. Six mois plus tard, le suivant a pris sa place.

Un livre dont le concept éditorial est bien tenu installe au contraire une borne. Il devient « le bestiaire des mauvais golfeurs » plutôt que « un livre sur le golf parmi d’autres », et cette singularité tient dans la durée parce qu’elle est inscrite dans la structure même du livre. C’est cette singularité qui fait qu’un lecteur se souvient d’un livre dix ans après l’avoir lu, et qui fait aussi qu’il a envie de l’offrir à quelqu’un.


Le concept éditorial donne au livre sa forme reconnaissable depuis l’extérieur. Reste à savoir ce qui se passe à l’intérieur de chaque chapitre, là où le travail pédagogique réel s’effectue. C’est l’objet du dernier chapitre, qui pose les cinq couches qu’un chapitre Udolia doit traverser pour produire de la capacité plutôt qu’une simple compréhension.